Le huitième commandement est celui-ci:
Ce commandement interdit les faux témoignages, les calomnies, la médisance, les jugements téméraires et le mensonge.
C’est affirmer quelque chose de contraire à la vérité en justice (par exemple sous serment devant un tribunal) de manière à nuire à quelqu’un, l’accusant à tort ou couvrant un coupable.
C’est attribuer à quelqu’un des fautes ou des défauts qu’il n’a pas, ou les exagérer, de sorte qu’on blesse injustement sa réputation aux yeux des autres.
C’est révéler, sans nécessité, les défauts ou les fautes réelles d’une personne à des gens qui ne les connaissaient pas, ce qui diminue injustement son estime et son honneur.
C’est penser du mal d’autrui, tenir pour vraie une faute morale de sa part, sans raison suffisante, simplement sur des suppositions ou des impressions.
C’est dire volontairement le contraire de la vérité, avec l’intention de tromper celui qui écoute. Toute parole qui altère la vérité pour induire autrui en erreur est un mensonge. Or Dieu, qui est la vérité même, hait le mensonge. Ceux qui s’y habituent en subissent souvent le châtiment dès cette vie, avant même d’avoir à répondre, dans l’autre, de toutes leurs paroles.
Un des faits les mieux prouvés de l’Église de Pologne, c’est ce qui arriva en 1070 à saint Stanislas, évêque de Cracovie. Boleslas, prince impie et cruel, était alors sur le trône et persécutait le Saint par tous les moyens en son pouvoir. Il excita contre lui les héritiers d’un certain Pierre Milès, qui était mort depuis trois ans, en laissant une terre à l’église. Les héritiers, bien sûrs d’être soutenus, intentèrent un procès au Saint, et tous les témoins, s’étant trouvés subornés ou intimidés, le Saint fut condamné à restituer la terre en litige.
Alors, voyant que la justice des hommes lui faisait défaut, il en appela hardiment à la justice de Dieu et promit de faire comparaître, comme témoin, celui qui reposait dans le tombeau depuis trois ans. Sa parole fut accueillie naturellement avec des sarcasmes et de grossières plaisanteries, mais après trois jours de jeûne et de supplications solennelles, l’évêque, s’étant rendu avec tout le clergé à la tombe de Pierre Milès, la fit ouvrir. Comme on s’y attendait, on ne trouva que des ossements tombant en poussière, et déjà les rires de l’incrédulité triomphante s’élevaient de tous côtés, quand le Saint commandant au mort, au nom de Celui qui est la Résurrection et la Vie, soudain ces ossements se raffermirent, se rapprochèrent, se couvrirent de chair, et aux regards stupéfaits de tout un peuple, on vit le mort, tenant le saint évêque par la main, paraître devant Boleslas, et certifier la vérité de la donation qu’il avait faite.
C’est ainsi que l’iniquité, qui se croyait déjà sûre du succès fut confondue. Lorsque Pierre Milès eut fait sa déposition, saint Stanislas lui demanda lequel il préférait de retourner au tombeau ou de vivre encore quelques années. Le ressuscité répondit:
«À cause de mes nombreux péchés, je suis en purgatoire, où je souffre beaucoup. Cependant je préfère mourir de nouveau que de rester dans une vie misérable et si périlleuse. – Mais ne pourrais-tu pas faire pénitence de tes fautes et éviter ainsi de retomber dans les supplices dont je t’ai tiré? – Cela est vrai, mais je pourrais aussi me perdre et me damner pour toujours. J’aime donc beaucoup mieux achever ma peine, que de rentrer dans la vie, avec l’incertitude de plaire à Dieu et d’y faire mon salut. La plus grande grâce que vous puissiez m’accorder, ô Père très saint, c’est de prier le Seigneur d’abréger mes supplices, et de me recevoir au plus tôt parmi les élus. – Je le ferai», répondit l’évêque.
Alors, accompagné de tout son clergé, il reconduisit processionnellement le mort au sépulcre, celui-ci s’y recoucha aussitôt, et à l’instant ses os se détachèrent et retombèrent en poussière. On croit que le Saint obtint promptement sa délivrance.
Cet exemple est très remarquable, en ce qu’il montre une âme du purgatoire, après avoir fait l’essai de ses plus cruels supplices, préférer cet état si douloureux à l’incertitude où nous sommes, tant que nous restons en ce monde.