Leçon 5 – Le mal et son Remède

Lourdes conséquences

La désobéissance d’Adam et d’Ève est ce qu’on appelle le péché originel, le péché qui nous vient de notre origine.  Fruit de l’orgueil, elle a attiré un châtiment terrible qui accablera le monde durant tous les siècles à venir.  Parce que le premier homme et la première femme se sont révoltés contre Dieu, tous leurs descendants (sauf la Sainte Vierge Marie, que Dieu préserve de cette tache) participent à leur faute et en subissent les conséquences.  Tous les petits, en venant au monde, portent sur leur âme une trace, comme une grosse éclaboussure de fange.  Héritiers d’un père déchu, nous naissons pauvres de tout bien spirituel, privés de l’amitié de Dieu et portés au mal.  À partir de ce jour, les hommes sont soumis à l’ignorance, à la fatigue, au dur travail, à la douleur, au péché et à la mort.

La grande Promesse

Une dernière conséquence de ce péché funeste est la plus terrible.  Adam, Ève et toute leur postérité se voient exclus à jamais du Royaume du Ciel.  Mais Dieu aime les hommes d’un amour infini et ne peut Se résoudre à les voir damnés en enfer pour toujours.  Tout de suite après leur péché, Il fait à nos premiers parents une promesse solennelle.  Un jour Il leur enverra un Sauveur, qui rachètera les hommes et leur ouvrira de nouveau les portes du Ciel.  La Sainte Vierge, Mère de Dieu, vaincra le serpent infernal et lui écrasera la tête.

Ainsi, malgré leur faute, Dieu scella une nouvelle alliance avec les premiers humains.

La foi en cette promesse est comme une étoile dans la nuit pour Adam et Ève.  Dans leur grande tristesse, une lueur d’espérance se lève.  Ils font tous deux une longue pénitence, offrant leur peine et leurs larmes à Dieu.  Et Celui dont la justice est parfaite, mais dont la miséricorde est sans mesure, regarde leur repentir avec bonté et leur accorde Son pardon.  C’est par la foi en la Promesse du Messie à venir qu’Adam et Ève et leurs descendants ont obtenu leur salut éternel.

Le Roi et le vase d’or – Parabole

Un roi était parti pour la chasse avec ses principaux officiers.  Arrivé au rendez-vous, le prince quitte sa suite et s’enfonce seul dans l’épaisseur de la forêt.  Bientôt, il entend à quelque distance une conversation animée dont il désire comprendre le sens.  Il s’approche doucement et se cache derrière un énorme chêne.

C’est un charbonnier et sa femme qui se plaignent amèrement des misères de la vie.  La femme surtout murmure tout haut contre Dieu et accuse nos premiers parents:

«Ah! dit-elle, si j’avais été à la place d’Ève, jamais l’ambition ni la curiosité ne m’auraient poussée à désobéir à Dieu!»

Le prince les laisse dire sans les interrompre.  Quand ils se taisent enfin, il s’approche et, faisant comme s’il n’a rien entendu:

«Vous êtes bien malheureux, leur dit-il.  Si vous le voulez, je changerai votre sort.  Vous n’avez qu’à me suivre.»

L’air, le ton et la grâce de l’inconnu persuadent aisément les deux charbonniers.  Il est si facile de nous convaincre quand on nous promet le bonheur!

«Venez avec moi, ajoute le prince.»

Sur-le-champ, quittant leur travail et leurs outils, ils se mettent à sa suite.  Après une longue marche, ils arrivent au bord de la forêt.  Là se trouvent réunis les officiers et la suite du prince.  Le monarque monte dans sa voiture, et, au grand étonnement de toute la cour, y fait monter avec lui ses deux nouveaux protégés.

Arrivés au palais, il leur fait donner de beaux habits et des appartements dignes de leur nouvelle condition.  De nombreux serviteurs sont mis à leurs ordres, chacun s’empressant auprès d’eux, car on voit dans ces hôtes les favoris du maître.  Quelques jours se passent ainsi dans l’abondance et la joie, et le charbonnier et son épouse bénissent le prince et s’appliquent à lui être agréables.

Cependant, un jour, celui-ci les fait venir et leur dit:

«Vous savez de quel état je vous ai tirés; vous êtes heureux à présent.  Ce bonheur ne dépend que de vous pour durer toujours.  Si vous êtes fidèles à mes ordres, vos enfants jouiront des mêmes avantages.  Une seule condition à mes faveurs: vous mangerez de tous les mets qu’on vous apportera, excepté d’un seul, qui sera placé au milieu de la table dans un superbe vase d’or, orné de pierreries et parfaitement fermé.  Le jour où vous y toucherez, vous mourrez.  N’oubliez pas: votre sort et celui de vos enfants dépendent de votre fidélité.»

Puis le roi se retire.  Les charbonniers exaltent la bonté d’un prince qui veut bien attacher leur bonheur à une condition si facile.

L’heure du repas arrive.  Le vase d’or paraît.  Sa forme élégante, les ciselures qui le décorent, les perles qui l’enrichissent frappent leurs regards.  Ils n’ont jamais rien vu de si riche.  La femme, surtout, ne peut en détacher les yeux.  Toutefois, par respect pour les ordres du roi, elle n’y touche pas.

Les jours suivants, le vase est remis sur la table.  Plus elle le voit, plus elle le trouve beau.  Peu à peu, un désir secret s’empare de son cœur: elle veut savoir ce que cache ce mystérieux vase.

Après deux mois de cette torture, la curiosité l’emporte.

«Depuis que ce vase est sur la table, dit-elle à son mari, tout me semble insipide.  Je serais heureuse si je pouvais seulement en soulever le couvercle pour voir ce qu’il renferme.  Mon intention n’est pas d’en manger.

– Gardez-vous bien d’une pareille pensée, répond son mari.  Le roi a été clair: le jour où nous toucherons à ce vase, nous mourrons.

– Mais, reprend-elle, personne ne le saura.  Je ne ferai que soulever un peu le couvercle, jeter un coup d’œil et le refermer aussitôt.»

Le mari, ne voulant pas déplaire à son épouse, finit par céder.

«Permettez-moi au moins de vous aider, dit-il, le danger sera moindre.»

La femme, empressée, avance la tête tandis que son mari soulève doucement le couvercle...  Mais, ô malheur! une souris s’échappe du vase.  Effrayée, la femme pousse un cri.  Le mari laisse tomber le couvercle, et la petite prisonnière disparaît.

Le roi, qui se trouve dans une pièce voisine, accourt au bruit et prend les coupables sur le fait.

«C’est ainsi, leur dit-il d’un ton sévère, que vous respectez mes ordres!  Vous allez subir le châtiment annoncé.»

À ces mots, il ordonne qu’on les fasse mourir.  Mais son fils unique survient et, se jetant aux genoux du roi:

«Grâce, mon père! s’écrie-t-il.  Grâce pour eux!  S’il faut une victime à votre justice, me voici, je vous offre ma vie.»

Le roi accepte la médiation de son fils et le condamne à mourir à la place des deux coupables.  Il est conduit à l’échafaud et meurt.  En considération de ce sacrifice, les deux criminels obtiennent la vie et reçoivent les moyens de recouvrer, pour eux et leurs enfants, les avantages qu’ils ont perdus.

«Seulement, leur dit le roi, vous ne rentrerez dans les biens que vous avez perdus qu’à la condition d’user des moyens que la mort de mon fils vous a procurés. Voilà l’épreuve que je vous impose.  Allez, quittez mon palais, reprenez vos haillons et le chemin de votre forêt.  Si vous êtes fidèles et que vous aimez mon fils, si vous cherchez à imiter ses vertus, je vous rendrai tout, et davantage.  Vos enfants, jusqu’à la dernière génération, en jouiront après vous.  Rien ne vous manquera pour le corps ni pour l’âme. Si vous avez besoin de quelque chose, demandez, et aussitôt vous serez exaucés.»

Y a-t-il, dites-nous, la moindre ombre d’injustice ou de cruauté dans la conduite de ce bon prince?  N’y brille-t-elle pas, au contraire, de toute la lumière de la justice et de la miséricorde?  Ce que nous avons supposé ici s’est accompli dans le paradis terrestre.  La conduite de ce roi nous représente, trait pour trait, celle de Dieu.