Un jour, tandis que Notre-Seigneur Jésus-Christ parle à Ses disciples des vérités du Ciel, un jeune homme s’avance vers Lui: «Maître, Lui demande-t-il, que faut-il que je fasse pour avoir la vie éternelle?» Jésus répond: «Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements.» Garder les commandements de Dieu, voilà l’unique chemin du Ciel. Il est donc important de connaître ce que le bon Dieu ordonne et ce qu’Il défend.
Les commandements de Dieu sont ces préceptes qu’Il a gravés au fond de nos cœurs et qu’Il a Lui-même dictés à Moïse sur le mont Sinaï, au milieu des éclairs et du tonnerre. On les appelle souvent le Décalogue, parce qu’ils sont au nombre de dix, comme les doigts de la main. Parmi eux, trois expriment un ordre positif, le premier, le troisième et le quatrième. Tous les autres sont formulés comme une défense. Les trois premiers commandements concernent directement Dieu et règlent notre conduite envers Lui.
Le premier Commandement se résume ainsi:
Par ce commandement, le plus important de tous, Dieu nous ordonne: 1º de croire en Lui, 2º d’espérer en Lui, 3º de L’aimer de tout notre cœur, et 4º de n’adorer que Lui seul. Aux trois premières obligations correspondent trois vertus que nous devons pratiquer: la foi, l’espérance et la charité. On les appelle vertus théologales ou divines, parce qu’elles ont Dieu Lui-même pour objet et qu’elles orientent toute notre vie vers Lui.
La foi, c’est croire en Dieu et, sur Sa parole, croire toutes les vérités que l’Église nous enseigne. On pèche contre la foi quand on a honte de paraître chrétien, quand on renie Jésus-Christ et Sa religion, ou quand on rejette une vérité que l’Église propose comme révélée par Dieu.
L’espérance, c’est attendre de la bonté de Dieu Sa grâce en ce monde et la vie éternelle dans l’autre. On pèche contre l’espérance lorsque, comptant trop sur ses propres forces, on s’expose imprudemment à la tentation, ou bien quand on désespère de la miséricorde de Dieu.
La charité, c’est aimer Dieu de tout son cœur et, par amour pour Lui, aimer tous les hommes, nos frères en Jésus-Christ. On pèche contre la charité lorsqu’on demeure indifférent envers le bon Dieu, ou lorsque l’on nourrit dans son cœur des sentiments de haine ou de rancune contre le prochain.
Une quatrième obligation découle encore du premier commandement: le devoir de culte ou d’adoration. Adorer Dieu, c’est Lui rendre les hommages qui Lui sont dus comme au Créateur et au souverain Seigneur de toutes choses. On manque à ce devoir d’adoration lorsqu’on néglige la prière du matin et du soir, lorsqu’on se tient mal à l’église, qu’on y bavarde et qu’on s’y distrait au lieu d’écouter Dieu avec respect.
Le second commandement est formulé ainsi:
Par ce commandement, le bon Dieu nous défend: 1º de jurer en vain, c’est-à-dire de prendre sans raison Dieu à témoin de la vérité de nos paroles, comme si Son saint nom servait à appuyer nos caprices ou nos colères. 2º de blasphémer, c’est-à-dire de prononcer des paroles injurieuses contre Dieu ou contre les Saints. Dire le nom de Dieu en proférant des sacres est un blasphème très grave. Quand on entend quelqu’un sacrer, ou proférer une parole qui insulte Dieu, il est louable de dire en son cœur, pour réparer cette injure: Loué soit Jésus-Christ!
Le troisième commandement s’énonce ainsi:
Ce commandement nous prescrit de passer saintement le dimanche, le jour du Seigneur. On pèche contre ce commandement quand on néglige d’assister à la Messe sans motif sérieux ou quand on consacre ce jour, fait pour Dieu et pour le repos, à des travaux interdits ou à des occupations qui nous détournent de la prière.
En plein cœur de l’hiver de 1867, le froid sévit dans la campagne de Pologne. La neige encombre les chemins, les arbres se dressent, noirs, à l’horizon. À quelque distance d’un village, un jeune berger d’une douzaine d’années ramasse du bois mort sur la lisière d’une forêt. Il serre contre lui son fagot, souffle sur ses doigts engourdis.
Soudain, une patrouille de soldats russes surgit au détour du chemin. Ils l’encerclent, ricanent, l’interrogent. «Quelle est ta religion?» demande l’un d’eux. L’enfant redresse la tête: «Je suis catholique», répond-il d’une voix ferme. L’officier fronce les sourcils. Il hait le catholicisme. Il ordonne au garçon de renier sa foi. Le petit berger refuse, fait plusieurs fois le signe de la croix, lentement, avec le sérieux de ceux qui en savent le prix.
La colère éclate. «Si tu ne renonces pas à ta foi catholique, on te fusille.» Il est conduit le long d’une haie, attaché à un arbre. Les soldats reculent de quelques pas, épaulent leurs fusils et le couchent en joue. Le garçon pâlit, mais ses yeux restent calmes. Il murmure une dernière prière devant les canons braqués sur sa poitrine.
Tout à coup, le chef lève la main. «Abaissez vos armes. Ce mauvais garnement ne vaut pas la poudre qu’on allait gaspiller. On va le pendre, s’il ne renonce pas à sa foi.» On le détache, on le traîne à un chêne gigantesque. Une corde glisse autour de son cou. «Vas-tu enfin abjurer ta religion?» demande l’officier. Le fils de la Pologne catholique garde le silence, puis secoue lentement la tête. «Jamais, répond l’enfant, jamais je n’abandonnerai la religion de ma mère.»
Un soldat, perché dans l’arbre, fixe la corde à une grosse branche. Deux autres soulèvent l’enfant pour le laisser retomber dans le nœud qui doit l’étrangler. De nouveau, le sadique officier intervient, jurant avec rage: «Ce petit misérable ne vaut pas même la corde pour le pendre. Elle est neuve! Il est plus simple de le noyer.»
On détache la pauvre victime. La troupe féroce se dirige en ricanant vers un étang glacé, à une centaine de mètres. Le ciel est lourd, la plaine blanche, le vent cingle. Arrivés sur la berge, deux soldats s’avancent sur la glace, frappent à coups de hache jusqu’à ouvrir un trou noir au milieu du miroir gelé. On arrache ses vêtements au petit berger, on le pousse nu dans l’eau glaciale. Bientôt, seule la tête du petit berger émerge entre les plaques de glace.
Alors le chef, suivi de deux hommes, s’avance à son tour sur l’étang, s’arrêtant à quelques pas de l’enfant. «Eh bien, petit scélérat, dit-il avec un rire satanique, refuseras-tu encore de renoncer à ta religion?»
La nuit commence à tomber sur les champs. Le visage du garçon est meurtri par le froid, ses lèvres tremblent, ses mains sont presque figées. Pourtant, ses yeux brillent d’une espérance céleste. Sans répondre à l’officier, il lève ses regards vers le Ciel, puis, rassemblant ses forces, dresse au-dessus de l’eau son bras à demi congelé et trace, une dernière fois, sur lui le signe de la croix que sa mère lui a enseigné.
À cet instant précis, un craquement déchire le silence. La glace, fragilisée par la hache et alourdie par le poids de trois hommes, cède d’un bloc. Le chef et ses deux complices sont engloutis dans l’eau noire et glacée. L’étang se referme sur eux. Sur la surface trouée de glace, il n’y a plus qu’un remous, puis le calme. L’âme du petit martyr a déjà quitté les neiges de Pologne pour s’envoler vers le Paradis.