La vie chrétienne est une vie de prière. Qu’est-ce que prier? Vous avez sûrement déjà vu une fusée quitter le sol d’un seul élan et s’élever rapidement vers le Ciel. Prier, c’est un peu cela: c’est s’arracher aux petitesses de la terre, monter d’un bond jusqu’aux hauteurs où notre âme rencontre le bon Dieu. On dit que la prière est une élévation de l’âme vers Dieu pour Lui rendre nos hommages, Lui exposer nos besoins et Lui demander Ses grâces. Cette définition montre bien pourquoi tout chrétien doit prier.
Le bon Dieu est un grand Roi, le plus puissant de tous. De même qu’autour des rois de la terre se presse une foule de courtisans, nous devons, plusieurs fois par jour, venir nous prosterner devant notre Créateur, reconnaître que nous tenons tout de Lui et Le remercier de Ses bienfaits. Mais ce n’est pas tout. Par nous-mêmes, nous sommes comme de pauvres mendiants qui, au coin des rues, réclament une aumône. Nous n’avons aucun bien spirituel: véritables mendiants du bon Dieu, nous devons sans cesse implorer de Sa bonté les grâces nécessaires pour faire notre salut.
Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même nous commande de prier: «Demandez et vous recevrez… Vous n’obtenez pas parce que vous ne demandez pas… Il faut toujours prier et ne jamais se lasser.»
Mais, direz-vous, comment faut-il prier?
Il faut prier...
1° Avec attention. Quand vous parlez à quelqu’un que vous aimez, vous ne pensez pas à autre chose. De même, comment le bon Dieu vous écouterait-Il si vous êtes tellement distrait que vous ne vous écoutez pas vous-mêmes?
2° Avec humilité. Dieu résiste aux orgueilleux, mais donne Sa grâce aux humbles. Il n’aime pas ceux qui se croient trop importants, Ses faveurs ne sont pas pour les cœurs remplis d’eux-mêmes.
3° Avec confiance. Le bon Dieu peut tout, et si nous Lui demandons, par les mérites de Son Fils Jésus-Christ, des biens véritablement utiles à notre âme – comme la grâce de L’aimer plus que tout – Il ne manquera pas de nous exaucer.
4° Avec persévérance. Quand un enfant désire ardemment un jouet, il ne se contente pas d’en parler une seule fois à son papa. Il renouvelle constamment sa demande, au point d’en être importun. Faites de même pour le bon Dieu. Il aime qu’on Le sollicite, et jamais Il n’est importuné par la prière confiante des petits. «Demandez, et il vous sera donné; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira.»
M. Géraud était de religion protestante, mais il avait vite abandonné toute pratique religieuse. Il avait choisi pour épouse une compagne catholique, et avait consenti, en se mariant, à une clause expresse qui assurait l’éducation catholique et les sacrements pour leurs enfants. Sans le savoir, il allait assurer par là son propre salut.
En effet, sa jeune fille, âgée de neuf ans, mais éclairée par la grâce avant l’âge de la raison, gémissait de voir son père étranger aux pratiques de la religion. Souvent, elle témoignait à son bon père sa douleur de ce qu’il ne partageait pas la foi de sa famille.
Il lui répondait:
«Sois tranquille, chère enfant. Je n’en suis pas éloigné. Si jamais je suis malade, je me ferai catholique.»
Hélas! ce moment n’arriva que trop tôt pour sa famille. Géraud tomba malade. Sa femme, au milieu de ses trop justes alarmes, n’oubliant pas qu’il lui avait souvent dit vouloir mourir catholique, n’osait cependant pas lui en parler. Elle choisit pour médiatrice sa fille, appelée ainsi à remplir un véritable ministère d’ange.
Cette aimable enfant s’approche en pleurant du lit de son père, lui rappelle sa promesse, en ajoutant que, le matin même, à la messe, elle a demandé à Dieu sa conversion. Le cœur paternel s’émeut. Des combats intérieurs l’agitent. Au milieu de cet orage, précurseur du calme, il s’écrie:
«Laisse-moi quelques instants, ma chère enfant. Tu reviendras plus tard.»
L’après-midi, lorsque l’aimable enfant rentre dans la chambre du malade, il l’appelle et lui dit:
«Ma fille, je me reproche d’avoir mal récompensé ton courage, quand, ce matin, tu m’as parlé avec tant de candeur. Eh bien! je veux annoncer moi-même à ta mère que ma résolution est définitivement prise, que je veux mourir catholique.»
Le soir, d’anciens magistrats et des hommes de lettres, qui formaient d’ordinaire la société de Géraud, s’étant réunis chez lui, il leur annonce lui-même sa résolution. Il en développe les motifs avec cette chaleur d’âme qui faisait son caractère.
Il avait étudié la religion toute sa vie, et la conviction, fruit de ses méditations et de ses recherches, était depuis longtemps dans son âme, attendant l’heure de la grâce. Il déclare donc qu’il abjure le protestantisme en pleine connaissance de cause, sans rien craindre de ce qu’on pourrait dire ou penser. Il affirme être convaincu que la vérité est dans la croyance catholique, et qu’elle n’est que là.
C’est entre les mains d’un curé de campagne que M. Edmond Géraud fit, le 14 mai, son abjuration et sa profession de foi. Il en prononça les paroles avec un accent de conviction et de piété qui raffermit la foi des assistants et fit couler leurs larmes. Le nouveau converti, qui pleurait aussi, mais de joie, déclara croire, sans aucune restriction, tous les articles de la foi catholique, et se soumettre entièrement aux commandements de Dieu et de l’Église.
Le mal ayant fait de rapides progrès, Géraud mourut le 21 mai 1831, dans les sentiments de la plus vive piété, entouré de sa fille, dont les prières et l’innocence l’aidèrent, sans doute, à entrer dans le Ciel.